Texte officiel de l’article 238 du CGI
I.-Les entreprises soumises de plein droit ou sur option à un régime réel d’imposition peuvent, dans les conditions prévues au présent article, soumettre à une imposition séparée au taux prévu au deuxième alinéa du a du I de l’article 219 le résultat net de la concession de licences d’exploitation des éléments présentant le caractère d’actifs incorporels immobilisés suivants : 1° Les brevets, les certificats d’utilité et les certificats complémentaires de protection rattachés à un brevet ; 2° Les certificats d’obtention végétale ; 3° Les logiciels protégés par le droit d’auteur ; 4° Les procédés de fabrication industriels qui : a) Constituent le résultat d’opérations de recherche ; b) Sont l’accessoire indispensable de l’exploitation d’une invention mentionnée au 1° ; c) Font l’objet d’une licence d’exploitation unique avec l’invention. Lorsque les sociétés de personnes mentionnées aux articles 8 et 238 bis L du présent code ou les groupements mentionnés aux articles 239 quater, 239 quater B et 239 quater C ne sont pas soumis à l’impôt sur les sociétés et déterminent un résultat net selon les modalités prévues au présent article, leurs associés sont personnellement imposés au taux prévu au deuxième alinéa du a du I de l’article 219 pour la part de ce résultat correspondant à leurs droits dans ces sociétés ou ces groupements, à condition qu’il s’agisse de redevables de l’impôt sur les sociétés ou de personnes physiques participant à l’exploitation au sens du 1° bis du I de l’article 156. II.-1. Le résultat net de la concession est déterminé par différence entre les revenus, acquis au cours de l’exercice, tirés des actifs éligibles et les dépenses de recherche et de développement qui se rattachent directement à ces actifs et qui sont réalisées, directement ou indirectement par l’entreprise, au cours du même exercice. Au titre du premier exercice pour lequel le revenu net est calculé, celui-ci est diminué de l’ensemble des dépenses en lien direct avec la création, l’acquisition et le développement de l’actif incorporel, y compris celles réalisées antérieurement au cours des exercices ouverts à compter de la date à laquelle l’option pour le présent régime est exercée par l’entreprise dans les conditions prévues au V. 2. Lorsque le résultat net déterminé au 1 est négatif, il est imputé sur les résultats nets de concession du même actif, du même bien ou service ou de la même famille de biens ou services réalisés au cours des exercices suivants. III.-1. Pour la détermination du résultat net imposé en application du I, le résultat net bénéficiaire déterminé au 1 du II est multiplié par le rapport existant entre, au numérateur, les dépenses de recherche et de développement en lien direct avec la création et le développement de l’actif incorporel réalisées directement par le contribuable ou par des entreprises sans lien de dépendance au sens du 12 de l’article 39 avec celui-ci et, au dénominateur, l’intégralité des dépenses de recherche et de développement ou d’acquisition en lien direct avec la création, l’acquisition et le développement de l’actif incorporel et réalisées directement ou indirectement par le contribuable. Pour l’application du rapport mentionné au premier alinéa du présent 1, il n’est pas tenu compte des coûts afférents aux emprunts, aux terrains et aux bâtiments. 2. Le rapport mentionné au 1 est calculé au titre de chaque exercice et tient compte des dépenses réalisées par le contribuable au titre de cet exercice ainsi que de celles réalisées au titre des exercices antérieurs. Par dérogation au premier alinéa du présent 2, le contribuable peut ne tenir compte, au titre des dépenses réalisées au cours des exercices antérieurs, que de celles réalisées au titre des exercices ouverts à compter du 1er janvier 2019. Les dépenses du numérateur sont retenues pour 130 % de leur montant. Le rapport obtenu est arrondi au nombre entier supérieur et ne peut pas excéder 100 %. 3. Par dérogation au 1, le contribuable peut, en raison de circonstances exceptionnelles et après obtention d’un agrément délivré dans les conditions prévues à l’article 1649 nonies, substituer au rapport défini au 1 du présent III un rapport de remplacement représentant la proportion de la valeur de l’actif éligible qui serait effectivement attribuable aux activités de recherche et développement réalisées directement par le contribuable ou par des entreprises sans lien de dépendance au sens du 12 de l’article 39 avec celui-ci. La proportion de la valeur mentionnée au premier alinéa du présent 3 correspond à celle que lui reconnaîtraient des personnes sans lien de dépendance avec le contribuable au sens du 12 de l’article 39 qui auraient engagé, dans des conditions analogues, ces activités de recherche et développement. L’agrément mentionné au premier alinéa du présent 3 est délivré lorsque : a) Le rapport mentionné au 1 est supérieur à 32,5 % ; b) Le rapport de remplacement mentionné au premier alinéa du présent 3 est significativement supérieur au rapport défini au 1 du fait de circonstances exceptionnelles indépendantes de la volonté du contribuable. L’agrément est valable pour une période de cinq exercices sous réserve que les conditions mentionnées aux a et b du présent 3 continuent d’être satisfaites à la clôture de chacun des exercices concernés. Par dérogation à l’article 1649 nonies, la demande d’agrément est déposée au moins six mois avant la date limite de déclaration de résultat du premier exercice au titre duquel le bénéfice du rapport de remplacement est sollicité. IV.-Les II et III peuvent être calculés distinctement pour chacun des actifs mentionnés au I ou en faisant masse des actifs concourant à la production d’un bien ou service identifié ou d’une famille de biens ou services. Lorsque les frais en cause se rattachent à plusieurs actifs ou groupes d’actifs, l’entreprise les affecte au prorata de la valeur ajoutée qu’ils procurent à chaque actif ou groupe d’actifs ou, par défaut, à proportion du revenu que génère chaque actif ou chaque groupe d’actifs. Lorsque l’entreprise effectue un suivi par bien ou service ou par famille de biens ou services, elle justifie ce choix au regard de l’impossibilité pour elle de l’effectuer, selon le cas, par actif ou par bien ou service, en respectant une permanence et une cohérence dans la méthode retenue. V.-L’option pour le régime prévu au présent article est formulée pour chaque actif, bien ou service ou famille de biens ou services dans la déclaration de résultat de l’exercice au titre duquel elle est exercée. Une annexe jointe à la déclaration de résultat détaille, pour chaque actif, bien ou service ou famille de biens ou services, les calculs réalisés pour l’application des II et III. Le cas échéant, cette annexe fait apparaître distinctement la liste des actifs pour lesquels le résultat net imposé en application du I a été calculé en faisant usage du rapport de remplacement prévu au 3 du III et la somme des résultats nets issus de cette catégorie d’actifs. L’entreprise qui cesse d’appliquer le régime prévu au présent article au titre d’un exercice donné en perd définitivement le bénéfice pour chaque actif, bien ou service ou famille de biens ou services concerné. VI.-Le présent article est également applicable dans les mêmes conditions au résultat net d’une sous-concession d’un actif incorporel mentionné au I. Les redevances dues par l’entreprise sous-concédante sont prises en compte dans le résultat net de sous-concession calculé conformément au 1 du II et au dénominateur du ratio mentionné au 1 du III. VII.-Le présent article est également applicable dans les mêmes conditions au résultat net de cession d’un actif incorporel mentionné au I lorsque les conditions supplémentaires suivantes sont remplies : 1° L’actif incorporel n’a pas été acquis à titre onéreux depuis moins de deux ans ; 2° Il n’existe pas de liens de dépendance entre l’entreprise cédante et l’entreprise cessionnaire au sens du 12 de l’article 39.
Questions fréquentes sur l’article 238
Quels actifs incorporels bénéficient du régime de l'article 238 du CGI ?
Les brevets, certificats d'utilité, logiciels protégés par le droit d'auteur, certificats d'obtention végétale et procédés de fabrication industriels issus de recherche peuvent bénéficier de ce régime fiscal avantageux.
Comment calculer le rapport de qualification pour l'article 238 du CGI ?
Le rapport se calcule en divisant les dépenses de R&D réalisées directement par l'entreprise (numérateur majoré de 30%) par l'ensemble des dépenses de création et développement de l'actif incorporel.
Ce que dit l’article 238 du CGI
L’article 238 CGI institue un régime fiscal privilégié pour les revenus de licences d’actifs incorporels, couramment appelé “patent box”. Ce dispositif permet aux entreprises soumises à un régime réel d’imposition de bénéficier d’une imposition séparée au taux réduit de 10% sur les revenus nets de concession de brevets, logiciels, certificats d’obtention végétale et procédés industriels issus de recherche.
Application pratique du régime des actifs incorporels
Pour les TPE/PME
Une PME développant un logiciel en interne et le concédant sous licence peut opter pour ce régime. Si elle génère 100 000€ de redevances annuelles avec 30 000€ de dépenses R&D internes sur un total de 50 000€, son rapport de qualification sera de 78% ((30 000€ × 1,3) / 50 000€). Le résultat net imposable au taux de 10% sera de 54 600€ (70 000€ × 78%), générant une économie d’impôt significative par rapport au taux normal de 25%.
Pour les professions libérales et avocats
Les avocats développant des outils numériques ou bases de données juridiques peuvent valoriser fiscalement leurs innovations. Un cabinet créant un logiciel de veille juridique et le commercialisant sous licence bénéficiera du taux réduit sur les revenus générés, sous réserve de respecter les conditions de développement interne.
Pour les auto-entrepreneurs
Bien que soumis au régime micro, les auto-entrepreneurs développant des actifs incorporels devront basculer vers un régime réel pour bénéficier de l’article 238. Cette transition peut s’avérer rentable dès que les revenus de licences deviennent substantiels.
Points d’attention
Le calcul du rapport de qualification nécessite une traçabilité précise des dépenses de R&D. Les coûts d’acquisition d’actifs incorporels développés par des tiers ne bénéficient pas du coefficient majorateur de 130%. L’option est irrévocable par actif : une entreprise qui cesse d’appliquer le régime en perd définitivement le bénéfice. La demande d’agrément pour un rapport de remplacement doit être déposée au moins 6 mois avant la déclaration de résultat.
Articles du CGI liés
L’article 219 fixe le taux d’imposition réduit applicable (10%). L’article 39 duodecies régit les plus-values de cession d’actifs incorporels. L’article 238 bis L concerne les sociétés de personnes transparentes. Ces dispositions s’articulent pour créer un écosystème fiscal cohérent favorisant l’innovation.
Conseil AdvizExperts
Notre cabinet AdvizExperts accompagne régulièrement les entreprises parisiennes dans l’optimisation fiscale de leurs actifs incorporels. Nous recommandons une analyse préalable des flux de R&D et une mise en place d’outils de suivi adaptés. L’anticipation des aspects déclaratifs et la constitution d’un dossier de justification robuste sont essentiels pour sécuriser l’application de ce régime avantageux et éviter les redressements fiscaux.