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Article 286 quater du CGI : les registres de TVA des échanges intracommunautaires

L’ordonnance n° 2025-1247 du 17 décembre 2025 abroge cet article au 1er janvier 2027, sauf son II (façonniers et prestataires de travaux), maintenu en vigueur jusqu’à sa reprise par des mesures réglementaires du code des impositions sur les biens et services.

Rédigé par le cabinet, sources officielles Mis à jour le Texte officiel : version en vigueur depuis le 1er janvier 2020

En bref

L’article 286 quater impose quatre registres de TVA. Tout assujetti tient celui des biens qu’il expédie dans un autre État membre pour les y utiliser temporairement ou les y faire expertiser ou travailler, et celui des biens qu’il place en stock sous contrat de dépôt. Le façonnier et le prestataire de travaux ou d’expertises sur des biens venus d’un autre État membre tiennent un registre spécial.

Un arrêté fixe les conditions de tenue de ces registres. Un registre non tenu ou non présenté coûte 750 €, chaque omission ou inexactitude 15 € (article 1788 B). L’article est abrogé au 1er janvier 2027, sauf son II.

Amende pour un registre non tenu ou non présenté

750 €

Omission ou inexactitude dans le registre
15 € chacune
Registres prévus par l’article
4
Après le 1er janvier 2027
seul le II est maintenu

Le texte officiel

Code général des impôts, article 286 quater Version en vigueur depuis le 1er janvier 2020 Lire sur Légifrance

I.-1. Tout assujetti tient un registre des biens expédiés ou transportés, par lui-même ou pour son compte, sur le territoire d'un autre Etat membre de l'Union européenne et destinés dans cet Etat à être utilisés dans les conditions prévues aux a et b du III de l'article 256. 2. Tout assujetti tient un registre des biens qu'il transfère ou qui lui sont livrés dans le cadre du régime des stocks sous contrat de dépôt prévu au III bis du même article 256. II.-1. Tout façonnier doit tenir un registre spécial indiquant les nom et adresse des donneurs d'ordre et mentionnant, pour chacun d'eux, la nature et les quantités de matériaux mis en oeuvre et des produits transformés livrés. 2. (Abrogé à compter du 1er janvier 1996). 3. Les prestataires de services, autres que les façonniers, qui réalisent des travaux et expertises portant sur des biens meubles corporels, doivent tenir un registre spécial indiquant, pour les biens expédiés à partir d'un autre Etat membre de l'Union européenne par, ou pour le compte, d'un assujetti identifié à la taxe sur la valeur ajoutée dans cet Etat, la date de réception et celle où les biens quittent l'entreprise, la nature et la quantité des biens concernés, le nom et l'adresse du donneur d'ordre ainsi que son numéro de taxe sur la valeur ajoutée intracommunautaire. III.-Un arrêté du ministre chargé du budget fixe les conditions de tenue de ces registres.

Ce que dit l’article 286 quater

L’article 286 quater crée des registres de suivi pour des mouvements de biens qui ne sont pas des livraisons soumises à la TVA, mais que l’administration veut pouvoir contrôler. Il distingue quatre registres :

  • Biens expédiés dans l’Union (I, 1) : tout assujetti tient un registre des biens qu’il expédie ou transporte, lui-même ou pour son compte, dans un autre État membre, pour y être utilisés dans les cas des a et b du III de l’article 256. Il s’agit de l’utilisation temporaire pour des prestations de services et des expertises ou travaux, avec retour des biens en France ;
  • Stocks sous contrat de dépôt (I, 2) : tout assujetti tient un registre des biens qu’il transfère, ou qui lui sont livrés, dans le cadre du régime du III bis de l’article 256 ;
  • Façonnier (II, 1) : un registre spécial indique le nom et l’adresse des donneurs d’ordre, la nature et les quantités de matériaux mis en œuvre et de produits transformés livrés ;
  • Prestataire de travaux et d’expertises (II, 3) : pour les biens expédiés depuis un autre État membre par un assujetti identifié à la TVA dans cet État, un registre spécial indique la date de réception et celle de sortie, la nature et la quantité des biens, le nom et l’adresse du donneur d’ordre et son numéro de TVA intracommunautaire.

Un arrêté du ministre chargé du budget fixe les conditions de tenue de ces registres (III).

Notre commentaire : un exemple chiffré

Une société parisienne de matériel de mesure expédie le 10 février 2026 un lot de 40 capteurs, d’une valeur de 12 000 €, vers l’entrepôt d’un client allemand identifié à la TVA en Allemagne. Le client en disposera comme un propriétaire et les achètera au fil de ses besoins : c’est le régime des stocks sous contrat de dépôt. Le transfert n’est pas assimilé à une livraison à condition, notamment, que la société l’inscrive dans le registre du 2 du I de l’article 286 quater (4° du 1 du III bis de l’article 256).

Expédition depuis la France10 février 2026
Acquéreurnuméro de TVA attribué par l’Allemagne
Entrepôtadresse, date d’arrivée
Biens arrivés40 capteurs, valeur 12 000 €
Si 12 mentions du registre sont omises ou inexactes : 12 × 15 €180 €

Le registre suit aussi la suite de l’opération : livraison à l’acquéreur, biens renvoyés, détruits ou manquants. Si les biens ne sont pas livrés dans les douze mois suivant leur arrivée en Allemagne, un transfert assimilé à une livraison est réputé avoir lieu le lendemain de l’expiration de cette période (2 du III bis de l’article 256). Nous conseillons de tenir ce registre dans le logiciel de gestion des stocks, avec une alerte avant la fin de la période de douze mois. Un registre non tenu ou non présenté coûte 750 €, quel que soit son contenu (article 1788 B).

Registre : article 286 quater, I-2, du CGI ; article 256, III bis ; BOFiP, BOI-TVA-DECLA-20-30-30, version du 23 juin 2021, § 25. Amendes : article 1788 B du CGI. Lot, valeur et nombre de mentions de l’exemple : hypothèses.

Ce qu’il faut savoir

  • Registre des biens expédiés : il porte la désignation des biens, la quantité, le lieu de destination, la date d’expédition, la date du retour, la nature de l’opération et, s’il y a lieu, le numéro de TVA du prestataire étranger chargé de travaux.
  • Annotation en cas de transfert : si un bien expédié temporairement est ensuite vendu dans l’autre État membre, expédié dans un troisième État, exporté ou affecté définitivement à l’activité exercée sur place, le transfert est assimilé à une livraison. L’assujetti remplit alors ses obligations et annote le registre.
  • Façonnier : le registre indique les stocks détenus à l’issue des opérations. Il est admis que la situation du stock soit tenue mensuellement.
  • Tenue du registre : sur support papier ou informatique, identifié, dans l’ordre chronologique. Les informations restent dans leur contenu d’origine : une correction s’enregistre comme une nouvelle opération.
  • Lieu et conservation : chaque établissement, lieu de dépôt ou lieu de stockage tient son registre. Un registre informatique est restitué sur papier à la demande de l’administration. Sa conservation suit l’article L. 102 B du livre des procédures fiscales.
  • Contrôle : l’administration peut obtenir la communication des registres sur demande, et se les faire présenter dans le cadre de son droit d’enquête.
  • Après le 1er janvier 2027 : seul le II est maintenu. Les registres de stocks sous contrat de dépôt et de biens expédiés relèvent alors du code des impositions sur les biens et services.

Ce qu’en dit l’administration

Le Bulletin officiel des finances publiques présente l’article 286 quater comme l’outil de suivi des déplacements de biens qui ne constituent pas des transferts. Il détaille le contenu de chacun des registres, leurs règles de tenue communes et leur présentation à l’administration. Dans le commentaire des livraisons de biens, il rappelle que le registre des biens doit être annoté lorsqu’un transfert se réalise.

Côté sanctions, il confirme l’amende de 750 € pour le défaut de présentation ou de tenue des registres et celle de 15 € par omission ou inexactitude. Ces amendes peuvent être constatées par procès-verbal, notifié à l’entreprise.

BOFiP, BOI-TVA-DECLA-20-30-30, version du 23 juin 2021, § 1 à 80 ; BOI-TVA-CHAMP-10-10-40-10, version du 8 juillet 2026, § 370 à 380 ; BOI-CF-INF-20-20, version du 16 juin 2021, § 110 ; BOI-CF-INF-30-10, version du 18 juin 2019, § 160.

Articles liés

Article 256 Les transferts de biens et les stocks sous contrat de dépôt (III et III bis)
Article 1788 B Les amendes pour registre absent ou inexact
Article 286 ter Le numéro individuel d’identification à la TVA
Article 289 B L’état récapitulatif des livraisons intracommunautaires
Article 262 ter L’exonération des livraisons intracommunautaires
Article 286 quinquies Le registre des plateformes et des places de marché

Vos questions

Quels registres l’article 286 quater impose-t-il ?

Quatre. Tout assujetti tient le registre des biens expédiés ou transportés dans un autre État membre pour y être utilisés dans les cas des a et b du III de l’article 256, et celui des biens qu’il transfère ou qui lui sont livrés sous le régime des stocks sous contrat de dépôt. Le façonnier tient un registre spécial de ses donneurs d’ordre. Le prestataire de travaux ou d’expertises sur des biens meubles corporels tient un registre des biens venus d’un autre État membre.

Qui doit tenir le registre des biens expédiés dans l’Union européenne ?

Tout assujetti qui expédie ou fait transporter des biens dans un autre État membre pour deux usages : une utilisation temporaire pour ses prestations de services (ou dans des conditions d’admission temporaire), ou des expertises et travaux avec retour des biens en France (a et b du III de l’article 256). Ces expéditions ne sont pas assimilées à des livraisons soumises à la TVA intracommunautaire.

Que doit contenir le registre des biens expédiés dans un autre État membre ?

Les mentions nécessaires à l’identification de l’opération : la désignation des biens, leur quantité (poids, volume ou unité), le lieu de destination, la date d’expédition et celle du retour, la nature de l’opération et, s’il y a lieu, le numéro de TVA du prestataire étranger à qui les biens sont confiés pour des travaux. Il se tient dans l’ordre chronologique des expéditions.

Une entreprise en franchise de TVA ou un micro-entrepreneur doit-il tenir ces registres ?

Le texte vise tout assujetti et ne prévoit aucune dispense pour les petites entreprises. Ce qui déclenche l’obligation, c’est l’opération : expédier des biens dans un autre État membre pour les usages des a et b du III de l’article 256, gérer un stock sous contrat de dépôt, travailler à façon ou réaliser des travaux et expertises sur des biens venus d’un autre État membre. Sans opération de ce type, il n’y a pas de registre à tenir. Nous vérifions le cas de chaque client avant de conclure.

Que doit contenir le registre du façonnier ?

Le nom ou la désignation sociale et l’adresse de chaque donneur d’ordre. Pour chacun, à chaque entrée et chaque sortie : la nature et la quantité des matériaux mis en œuvre avec la date d’entrée, la nature et la quantité des produits transformés livrés avec la date de sortie. Le registre indique aussi les stocks détenus, et la situation du stock peut être tenue mensuellement. Si les biens viennent d’un assujetti identifié à la TVA dans un autre État membre, le numéro de TVA du donneur d’ordre y figure.

Quelle amende encourt-on si le registre n’est pas tenu ou est inexact ?

750 € pour le défaut de présentation ou de tenue des registres, et 15 € par omission ou inexactitude relevée dans leurs renseignements (article 1788 B). Le texte ne fixe pas de plafond pour les 15 €.

Que devient l’article 286 quater après le 1er janvier 2027 ?

L’ordonnance n° 2025-1247 du 17 décembre 2025 l’abroge à cette date, sauf son II (registre du façonnier et du prestataire de travaux), maintenu jusqu’à sa reprise par des mesures réglementaires que prévoit le code des impositions sur les biens et services. L’article 1788 A, réécrit à la même date, garde les amendes de 750 € et de 15 € et renvoie aux registres des articles L. 216-41 et L. 216-49 de ce code. Jusqu’au 31 décembre 2026, les règles de la fiche s’appliquent.

Sources

Ces informations sont générales et datées ; votre situation se vérifie avec votre expert-comptable.

Vous envoyez du matériel, des stocks ou des pièces à travailler dans un autre pays de l’Union ?

Nous identifions le registre qui s’impose pour chaque flux, nous le paramétrons dans votre logiciel et nous le rapprochons de vos déclarations de TVA.