Les quatre méthodes du simulateur
Le simulateur reprend les méthodes du guide de l’évaluation des entreprises publié par la DGFiP. Chacune donne sa valeur ; vous les combinez ensuite.
| Méthode |
Calcul |
Ce qu’elle donne |
Quand elle convient |
| Approche patrimoniale (actif net corrigé) |
capitaux propres + plus-values latentes − moins-values et passifs non comptabilisés |
la valeur des titres |
holding, SCI, société riche en actifs |
| Capitalisation d’un résultat normatif |
R × (1 + g) / (t − g) |
les titres (résultat net) ou l’entreprise (résultat d’exploitation après impôt) |
activité mature, résultats réguliers |
| Valeur de rendement |
dividende / taux de rendement |
la valeur des titres |
distribution régulière, paquet minoritaire |
| Flux de trésorerie actualisés |
flux du plan actualisés + valeur terminale actualisée |
la valeur d’entreprise |
plan d’affaires étayé |
| Multiples |
agrégat × multiple |
l’entreprise (excédent brut d’exploitation ou EBE, résultat d’exploitation ou EBIT, chiffre d’affaires) ou les titres (résultat net) |
comparables vraiment homogènes |
R est le résultat normatif : celui qui se reproduira, sans les éléments non récurrents. g est la croissance à long terme, t le taux de capitalisation. Avec g = 0 et un taux hors inflation, la formule redevient celle de la valeur de productivité de l’édition de 2006 du guide. Le résultat normatif s’entend après impôt sur les sociétés, calculé de façon théorique pour une entreprise individuelle ou une société qui n’y est pas soumise.
Source : DGFiP, « L’évaluation des entreprises et des titres de sociétés », juin 2026, partie 2.
De la valeur d’entreprise à la valeur des titres
Une méthode fondée sur un agrégat avant charges financières (EBE, résultat d’exploitation, flux de trésorerie disponibles) donne la valeur d’entreprise. Pour obtenir la valeur des titres, retranchez l’endettement financier net : emprunts, concours bancaires, comptes courants d’associés, moins les disponibilités et les placements à leur valeur réelle. Le guide est net : la prise en compte de la trésorerie n’est pas un retraitement optionnel.
D’autres éléments de passage peuvent jouer : dettes de crédit-bail, engagements de retraite après impôt, provisions non récurrentes, dettes sur immobilisations. Un actif hors exploitation, comme un terrain inutilisé, s’évalue à part et s’ajoute. L’illustration du guide le montre sur une même société :
| Hypothèses du guide |
Approche directe |
Approche indirecte |
| Agrégat |
résultat net normatif : 200 |
EBE normatif : 500 |
| Multiple |
10 |
6 |
| Valeur obtenue |
valeur des titres : 2 000 |
valeur d’entreprise : 3 000 |
| Dette financière nette |
déjà déduite |
− 1 000 |
| Valeur des titres |
2 000 |
2 000 |
Source : DGFiP, guide de juin 2026, partie 2, I.
Choisir le taux
Aucun taux n’est publié par l’administration : le BOFiP écarte les barèmes et coefficients, qui conduiraient à des estimations forfaitaires. Le guide donne la méthode, et le simulateur vous laisse l’appliquer.
Un résultat net se capitalise au coût des capitaux propres, le rendement qu’attendent les actionnaires. Un résultat d’exploitation après impôt et des flux de trésorerie se capitalisent au coût du capital, qui rémunère actionnaires et prêteurs. Le coût du capital se construit le plus souvent par le modèle d’évaluation des actifs financiers (MEDAF) : taux sans risque + bêta de l’actif économique × prime de risque du marché. S’y ajoute parfois une prime spécifique (taille, dépendance à un dirigeant, risque pays).
Le taux sans risque est le rendement des emprunts d’État à 10 ans : le taux moyen des emprunts d’État à long terme (TME), publié chaque mois par la Banque de France, l’Agence France Trésor ou l’Insee. Le bêta mesure le risque de l’activité. Le guide en donne des fourchettes indicatives :
| Risque de l’activité |
Bêta de l’actif économique |
Exemples de secteurs cités par le guide |
| Faible |
0,1 à 0,5 |
banque, immobilier, services financiers |
| Faible à moyen |
0,5 à 0,8 |
alimentation, produits de base, assurance |
| Moyen à important |
0,8 à 1,10 |
construction, automobile, luxe, autres services |
| Important |
1,0 à 1,50 |
logiciels, semi-conducteurs, services de l’information |
La croissance à long terme peut suivre celle du produit intérieur brut (PIB) en valeur, inflation comprise, sans lui être nettement supérieure. Une prime spécifique se justifie par le diagnostic, jamais par un usage de place. Elle ne doit pas faire double emploi avec une décote.
Sources : DGFiP, guide de juin 2026, partie 2, II.A ; BOFiP, BOI-ENR-DMTG-10-40-10-10, § 30 et 40.
Choisir un multiple
Le multiple se tire de comparaisons. Ce peuvent être des transactions antérieures sur les titres de la société, des transactions sur des sociétés non cotées comparables, de préférence réalisées depuis deux ans au plus, des sociétés cotées comparables ou des multiples sectoriels publiés par des observatoires. Selon la dispersion, l’évaluateur retient la médiane, la moyenne ou la moyenne hors extrêmes.
Le multiple s’applique au même agrégat que celui des comparables, retraité de la même façon. L’EBE comptable n’est pas l’EBITDA, agrégat non normé égal à l’EBIT avant dotations aux amortissements : un multiple d’EBITDA ne s’applique pas à l’EBE. Les sociétés cotées appliquent la norme internationale IFRS 16, qui gonfle leur EBITDA. Le multiple d’EBIT reste donc plus comparable avec une société non cotée. Enfin, un multiple boursier reflète la position d’un actionnaire minoritaire. Une décote d’illiquidité peut s’y ajouter, une décote de minorité non.
Source : DGFiP, guide de juin 2026, partie 2, II.C, et partie 4, I.
Les flux de trésorerie actualisés
Le flux disponible de chaque année vaut : résultat d’exploitation × (1 − taux d’impôt) + dotations aux amortissements et provisions nettes des reprises − investissements − variation du besoin en fonds de roulement. Le plan d’affaires couvre fréquemment trois à cinq ans ; au-delà, une valeur terminale capitalise un flux normatif à la croissance à l’infini, puis s’actualise sur la durée du plan.
Sans saisonnalité marquée, le flux d’une année est perçu en moyenne à mi-année : facteur 0,5 la première année, 1,5 la suivante. L’endettement net à déduire est celui de la date de l’opération, et non celui de la fin du plan. L’administration dispose rarement d’un plan d’affaires à cette date : elle privilégie en général les méthodes qu’elle peut appliquer elle-même. Elle examine un plan présenté par le contribuable comme les autres méthodes. Ses hypothèses doivent être étayées et établies à la date de l’opération, non après coup.
Source : DGFiP, guide de juin 2026, partie 2, II.B.
Quatre exemples du guide de la DGFiP
Capitalisation : la société CÂBLES
Résultat d’exploitation après un impôt théorique de 25 %, moyenne pondérée 1, 2 et 3 des trois derniers exercices : 11 322 k€. Coût du capital : 3,00 % + 0,88 × 5,32 % + 3,50 % de prime spécifique = 11,18 %. Croissance : 2,50 %.
Valeur d’entreprise : 11 322 × (1 + 2,50 %) / (11,18 % − 2,50 %) = 133 699 k€. S’en déduisent l’endettement net (6 750 k€) et les engagements de retraite (1 080 k€) ; s’y ajoute un terrain hors exploitation (2 200 k€). Sans prime de taille, à 8,68 %, les titres vaudraient 182 154 k€.
Valeur des titres : 128 069 k€
Flux actualisés : la société DAF
Six flux, de 7 397 k€ à 10 546 k€, actualisés au coût du capital de 9 %. Le premier ne s’actualise pas : l’évaluation a lieu au 1er juillet. Valeur terminale : 10 546 × (1 + 3 %) / (9 % − 3 %) = 181 032 k€, soit 117 659 k€ actualisés.
Valeur d’entreprise : 46 135 + 117 659 = 163 794 k€, dont environ 72 % pour la valeur terminale. L’endettement net est négatif (− 2 000 k€) : la trésorerie nette s’ajoute.
Valeur des titres : 165 794 k€
Multiples : la société LAMETH
EBIT moyen pondéré : 20 000 k€. Multiple moyen de trois sociétés cotées comparables : 13,19. Valeur d’entreprise : 263 800 k€, moins 11 000 k€ d’endettement net, soit 252 800 k€.
Les comparables étant cotés, une décote d’illiquidité de 20 % est retenue. Le multiple implicite, 10,66, est recoupé avec une transaction (11,00) et une base sectorielle (10,17).
Valeur des titres : 202 240 k€
Valeur de rendement : le groupe YACHT
Dividende voté chaque année : 9 000 000 €, soit 33 % à 38 % du bénéfice. Taux de rendement des sociétés du CAC 40, hors rachats nets d’actions : 2,90 %. Valeur de rendement : 9 000 000 / 2,90 % = 310 344 828 €.
Après une décote d’illiquidité de 20 % : 248 275 862 €
Source : DGFiP, guide de juin 2026, partie 2, exemples d’application ; montants en milliers d’euros arrondis par le guide, sauf pour le groupe YACHT.
Pondérer les méthodes
Sauf comparable vraiment similaire, la valeur vénale combine l’approche patrimoniale (la valeur mathématique, VM) et une valeur de rentabilité (VRent) : capitalisation, multiple, flux actualisés ou valeur de rendement, seuls ou en moyenne. Le guide reprend « à titre purement indicatif et sans caractère contraignant » les pondérations de son édition précédente :
| Paquet de titres |
Petite PME |
PME moyenne |
Société importante, objet commercial |
Société importante, objet industriel |
Holding ou SCI |
| Majoritaire |
(3 VM + VRent) / 4 |
(2 VM + VRent) / 3 |
(VM + VRent) / 2 |
(VM + 2 VRent) / 3 |
(4 VM + VRent) / 5 |
| Minoritaire |
(VM + VRent) / 2 |
(VM + 2 VRent) / 3 |
(VM + 3 VRent) / 4 |
(VM + 3 VRent) / 4 |
(2 VM + VRent) / 3 |
Le guide illustre ces catégories par la définition européenne : une petite entreprise occupe moins de 50 personnes, avec un chiffre d’affaires ou un total de bilan de 10 M€ au plus ; une PME occupe moins de 250 personnes, avec 50 M€ de chiffre d’affaires ou 43 M€ de bilan au plus. Ces pondérations ne s’appliquent jamais mécaniquement : chacune se justifie par le diagnostic. Une holding ou une SCI peut s’évaluer par la seule approche patrimoniale, assortie d’une décote. Une petite société de services, dont la valeur tient à sa rentabilité, ne justifie pas de surpondérer la valeur mathématique. Sauf circonstances particulières, un paquet majoritaire vaut plus qu’un paquet minoritaire.
Source : DGFiP, guide de juin 2026, partie 3 (tableau et note 89) ; BOFiP, BOI-ENR-DMTG-10-40-10-10, § 160.
Les décotes : seulement ce qui n’est pas déjà compté
Une décote globale ne s’ajoute que pour un risque que les méthodes n’intègrent pas, et elle se justifie. Le guide décrit d’abord la décote d’illiquidité, quand la valeur repose sur la seule approche patrimoniale ou sur des taux et multiples tirés de la bourse. Viennent ensuite la décote de taille, plus souvent traitée par une prime dans le taux, la décote liée aux clauses qui limitent la cession des titres, la décote « homme-clé » et la décote de holding. Quand plusieurs motifs jouent, la décote s’apprécie de manière globale.
En principe, l’administration n’applique ni prime de contrôle ni décote de minorité : elle passe par des pondérations différentes selon le paquet de titres. Les engagements de conservation d’un pacte Dutreil et une clause d’inaliénabilité dans une donation sont sans effet sur la valeur vénale.
Source : DGFiP, guide de juin 2026, partie 3 et partie 4.
Exemple : donner une part minoritaire de sa PME
Un dirigeant donne à ses enfants 30 % des titres de sa société, une petite PME. L’actif net corrigé ressort à 900 000 € ; la capitalisation du résultat, à 600 000 €. Le paquet de 30 % reste minoritaire, sauf s’il donne aux enfants, avec les titres qu’ils détiennent déjà, le pouvoir de décision.
Il donne 30 % : paquet minoritaire
Pondération indicative d’une petite PME : (VM + VRent) / 2.
(900 000 + 600 000) / 2 = 750 000 €, soit 225 000 € pour 30 %
S’il donnait 60 % : paquet majoritaire
Pondération indicative d’une petite PME : (3 VM + VRent) / 4.
(3 × 900 000 + 600 000) / 4 = 825 000 €, soit 495 000 € pour 60 %
La valeur retenue sert d’assiette aux droits de donation : le simulateur de donation les calcule, et un pacte Dutreil peut en exonérer une partie. Avant de pondérer, chacune des deux valeurs doit être établie sur des comptes retraités.
Ce que le simulateur ne fait pas
- Pas de retraitement des comptes : rémunération du dirigeant ramenée à un niveau normal, éléments non récurrents, loyers de crédit-bail. Une évaluation d’entreprise commence par là.
- Aucun taux ni multiple fourni : vous les saisissez et vous les justifiez.
- Pas de répartition de la valeur entre catégories de titres, comme les actions de préférence, ni entre usufruit et nue-propriété : le barème de l’usufruit s’applique à la valeur en pleine propriété.
- Pas de calcul de l’impôt d’une cession : voir les plus-values mobilières et, au départ à la retraite du dirigeant, l’article 150-0 D ter du CGI.